Rentrée littéraire : nos livres coups de coeur

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Anna Hope : La Salle de bal

Anna Hope : La Salle de bal

Bienvenue dans l'asile d'aliénés de Sharston, dans le Yorkshire. Un décor gris, triste, lugubre, à l'image de cette Angleterre industrielle du début du XXe siècle, où les inégalités font rage et la misère sévit. Dans cet établissement prétendument médical, les internés sont moins des malades que des parias sociaux : ainsi, Ella, jeune ouvrière, y a été envoyée pour avoir brisé une vitre de la filature où elle travaille depuis l'enfance ; ou John, un immigré irlandais ravagé par la mort de sa fille, qui a été ramassé dans la rue.
Au cœur de ce cauchemar carcéral, se trouve cependant une magnifique salle de bal digne des plus belles demeures victoriennes : chaque vendredi soir, les patients des deux sexes, qui sont séparés tout le reste du temps, s'y retrouvent pour un bal orchestré par un médecin épris de musique… Féerique autant que dramatique, elle sera le théâtre des amours impossibles entre Ella et John, une passion brûlante contre laquelle ne tarderont pas à se dresser les idéaux eugénistes du jeune médecin mélomane. Anna Hope excelle à raconter le combat passionnant entre la barbarie à laquelle peuvent mener les idées et la pureté des sentiments les plus bruts. On se laisse emporter par cette valse vertigineuse où alternent pulsion de mort, force du désir, capacité de résilience…

La Salle de bal, d’Anna Hope, éd. Gallimard, 22 €.

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Emily Fridlund : Une histoire des loups

Emily Fridlund : Une histoire des loups

Madeline, une adolescente qui vit avec ses parents dans la forêt du nord des États-Unis, trompe son ennui en s’occupant du jeune garçon de la famille qui vient de s'installer de l’autre côté du lac. Rêveuse, elle ne comprend pas tout de suite ce qui cloche entre la mère, le père et l’enfant. Jusqu’à l’irruption de la tragédie. Une voix singulière signe ce premier roman au ton troublant avec l’art de dévoiler, par petites touches, une vérité que l’on ne voit pas venir. Coup d’essai, coup de maître.

Une histoire des loups, d’Emily Fridlund, Gallmeister, 22,40 €.

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Évelyne Pisier, Caroline Laurent : Et soudain, la liberté

Évelyne Pisier, Caroline Laurent : Et soudain, la liberté

Évelyne Pisier (politologue et sœur de l’actrice Marie-France Pisier) a bien choisi son éditrice. C’est elle, la jeune Caroline Laurent qui, après la mort de l’écrivaine en février dernier, a terminé le roman de sa vie : l’enfance entre un père pétainiste et une mère qui s’émancipera grâce à Simone de Beauvoir, l’histoire d’amour avec Fidel Castro, les combats féministes… Un éclairage précieux sur une femme que l'on aurait aimé rencontrer.

Et soudain, la liberté, d'Évelyne Pisier et Caroline Laurent, éd. Les escales, 19,90 €.

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Éric Reinhardt : La Chambre des époux

Éric Reinhardt : La Chambre des époux

Éric Reinhardt prend pour point de départ une épreuve personnelle : le cancer du sein de sa femme en 2007. Il transforme sous les yeux du lecteur cette expérience intime en un roman, dans lequel un musicien contemporain écrit une symphonie pour aider son épouse à guérir d'une grave maladie. Il en résulte une mise en abyme audacieuse qui fait d'incessants allers-retours entre réalité et fiction, révélant la puissance de l'acte créatif. Une ode salutaire à l'art et à l'amour qui balance entre trivialité de la maladie et lyrisme des sentiments.

La Chambre des époux, d'Éric Reinhardt, éd. Gallimard, 16,50 €.

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Marion Vernoux : Mobile Home

Marion Vernoux : Mobile Home

La réalisatrice Marion Vernoux fait l'inventaire de sa vie à l'aube de la cinquantaine : associant un meuble à une époque, elle remonte le fil de son existence haute en couleur. De son enfance bohème auprès d'une mère directrice de casting à son histoire d'amour avec le réalisateur Jacques Audiard, de sa carrière de réalisatrice mineure à son goût dangereux pour la fête et l'alcool, on ne peut qu'être impressionné par l’honnêteté avec laquelle elle affronte ses désastres intimes comme ses échecs artistiques, sans faux-semblant ni minauderies. On rit, on compatit, on est ému, comme au cours d'une conversation nocturne avec une vieille amie, clope au bec et verre à la main… Amicalement vôtre !

Mobile Home, de Marion Vernoux, éd. de l'Olivier, 17,50 €.

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Valeria Luiselli : L'Histoire de mes dents

Valeria Luiselli : L'Histoire de mes dents

Drôle, rocambolesque et fantaisiste, ce premier roman mexicain raconte les aventures d'un dénommé Sanchez : commissaire-priseur autodidacte, il se vante de pouvoir vendre n'importe quoi à n'importe qui pourvu qu'il lui raconte la bonne histoire. Entre littérature picaresque et art contemporain, cette fable exubérante se joue des pouvoirs de la fiction pour mener le lecteur en bateau au fil des pérégrinations extravagantes de cet antihéros hors norme. Jubilatoire.

L'Histoire de mes dents, de Valeria Luiselli, éd. de l'Olivier, 19,50 €.

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Alice Zeniter : L'Art de perdre

Alice Zeniter : L'Art de perdre

L’Algérie est-elle soluble dans la culture française ? C’est la question à laquelle tente de répondre Alice Zeniter en suivant le parcours d’une famille sur trois générations : des montagnes de Kabylie aux « camps de reclassement » de harkis, des cités HLM de banlieues aux beaux quartiers parisiens… Naïma, la petite trentaine, travaille dans une galerie d’art contemporain. Pour elle qui mène une vie de Parisienne affranchie, l’Algérie n’est qu’un lointain folklore associé à une grand-mère dont elle ne comprend pas la langue. Son père y est né et n’y est jamais retourné depuis son départ, en 1962. Mais avec la montée de l’islam radical et les attentats terroristes, la société ne cesse de renvoyer Naïma à ses origines maghrébines. Un travail autour de l’œuvre d’un vieux peintre algérien va la pousser à remonter le fil de son histoire familiale, à briser l’omerta sur son grand-père harki et à retourner sur la terre de ses ancêtres… Alice Zeniter, elle-même d’origine algérienne, marie avec finesse la petite histoire et la grande, le XXe et le XXIe siècle, le Nord et le Sud. Un roman audacieux qui fait entendre la voix de ceux à qui l'on donne rarement la parole… Salutaire.

L’Art de perdre, d’Alice Zeniter, Flammarion, 22 €.

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Thomas Raphaël : J'aime le Sexe mais je préfère la pizza

Thomas Raphaël : J'aime le Sexe mais je préfère la pizza

Tendre lorsqu’il évoque sa grand-mère adorée, désopilant lorsqu’il s’en prend à sa prof de gym d’école primaire, trash lorsqu’il narre ses aventures de trentenaire homo, Thomas Raphaël marie le punch d’un humoriste de stand-up à la langue de Jean d'Ormesson. Résultat : ses nouvelles autobiographiques sont irrésistibles. Fou rire assuré…

J’aime le sexe mais je préfère la pizza, de Thomas Raphaël, éd. Flammarion, 18 €.

 

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Macha Méril : Michel et moi

Macha Méril : Michel et moi

Elle a 77 ans, il en a 85. Ils se sont (re)trouvés il y a trois ans, se sont mariés… L’actrice et écrivain Macha Méril raconte son histoire d’amour aussi fulgurante qu’inattendue avec Michel Legrand, compositeur légendaire des Demoiselles de Rochefort. Un concentré de sagesse, d’optimisme et de fantaisie qui permet tous les espoirs en matière de renouveau amoureux…

Michel et moi, de Macha Méril, éd. Albin Michel, 15 €.

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Inge Schilperoord : La Tanche

Inge Schilperoord : La Tanche

Cela n'a rien d'un hasard si Jonathan, jeune homme aux pulsions pédophiles, installe une tanche dans l'aquarium de sa chambre. Ce poisson aurait des pouvoirs guérisseurs. L'animal va lentement sombrer et dans son sillage, Jonathan nous entraîne au plus près de ses démons, ses tourments et son combat pour ne pas replonger. Un premier roman puissant, saisissant et déstabilisant, qui traite avec justesse d'un sujet difficile.

La Tanche, d'Inge Schilperoord, éd. Belfond, 21 €.

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Hada Keisuke : La Vie du bon côté

Hada Keisuke : La Vie du bon côté

Au Japon, un vieillard qui se dit fatigué de vivre et un jeune homme qui ne sait pas quoi faire de son existence cohabitent sous le même toit. Exaspéré par les jérémiades de son aïeul, le garçon cherche d'abord un moyen de l'aider à trouver une fin de vie digne... avant que les deux ne reprennent goût à l'existence. Un roman plein d'humanité, porté par une écriture sobre et limpide.

La Vie du bon côté, de Hada Keisuke, éd. Philippe Picquier, 16,50 €.

 

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Ron Rash : Par le vent pleuré

Ron Rash : Par le vent pleuré

Une bonne partie de ce roman policier se joue autour de la rivière d'une petite ville des Appalaches. C'est là que Bill et Eugène viennent pêcher loin de leur grand-père tyrannique, là aussi qu'ils vivront le grand frisson avec Ligeia, jeune fille émancipée. Là encore que l'on retrouvera les restes de Ligeia. Une découverte macabre qui fera plonger les deux frères dans les eaux troubles du chagrin et des regrets.

Par le vent pleuré, de Ron Rash, éd. Seuil, 19,50 €.

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Karl Ove Knausgaard : Aux confins du monde

Karl Ove Knausgaard : Aux confins du monde

Raconter sa vie. Et rien d’autre. Ne rien cacher, ne rien embellir. Livrer ses souvenirs les moins avouables, ses sentiments les moins corrects. Sans soucis esthétiques ni peur de heurter ses proches. Tel est le pari littéraire du Norvégien Karl Ove Knausgaard. Qu’il aborde son enfance malheureuse auprès d’un père violent, son adolescence magnifiée par le rock’n’roll et l’alcool ou les grandeurs et décadences de sa vie de famille, il plonge au plus profond de lui-même pour en tirer la substantifique moelle. Quatrième tome traduit en français, Aux confins du monde, raconte son année passée à 18 ans dans un petit village de pêcheurs au nord de l’Arctique. Alors qu’il essaie de se débarrasser de sa virginité, il est sans cesse rattrapé par les démons de son enfance qui l’empêchent de devenir l’homme qu’il rêverait d’être… Impudique, drôle et bouleversant.

Aux confins du monde, de Karl Ove Knausgaard Denoël, 24,50 €.

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Nick Tosches : Sous Tibère

Nick Tosches : Sous Tibère

Enfant de la littérature et du journalisme, Nick Tosches est l'un de ces écrivains que seuls les États-Unis peuvent produire. Auteur des meilleures biographies jamais écrites (Hellfire sur Jerry Lee Lewis ou Dino, sur Dean Martin), c’est aussi un maître du roman noir (La Religion des ratés) et de la fresque mafieuse (le sidérant Trinités), et le brillant narrateur de ses propres errances narcotiques (Confessions d’un chasseur d’opium). Esprit libre, détaché de toute forme de morale, il croque les tourments de l’âme humaine d’une plume élégante et distanciée. Auteur rock’n’roll autant que puits de science, il tourne autour du thème de dieu et du diable depuis quelques livres (dont l’excellent Moi et le diable, paru il y a deux ans). Le petit dernier, Sous Tibère, met en scène Jésus-Christ présenté comme un escroc faiseur de faux miracles. Un livre provocateur, drôle et érudit.

Sous Tibère, de Nick Tosches, Albin Michel, 22,90 €.

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