Livres : nos coups de cœur de la rentrée

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Les Nuits d'Ava

Les Nuits d'Ava

Un roman irrésistible construit autour d'un fantasme : l'actrice Ava Gardner. Drôle, pop et incisif.

Jacques, universitaire amateur de vins de Loire en pleine crise de la quarantaine, voue depuis l’adolescence un culte à la Comtesse aux pieds nus : sa sensualité féline, ses amitiés viriles, ses amants innombrables... Surtout, il est obsédé par une certaine nuit romaine de l’été 1958, où Ava aurait reproduit sous l’objectif du chef opérateur Giuseppe Rotunno le scandaleux tableau de Courbet L’Origine du monde. Son idée fixe ? Retrouver les tirages de cette séance photo mythique...

Le romancier nantais Thierry Froger ne cherche pas à casser le mythe hollywoodien. Bien au contraire. Il en joue à merveille, s’amusant à brouiller les pistes entre fiction et réalité, glamour et trivialité, légèreté et tragique. Il entraîne son lecteur de l'atelier de Courbet, au XIXe siècle, à la dolce vita des années 1950, de la province française à l'heure de mai 1968 aux grandes grèves de 1995, de la révolution cubaine aux parties fines du clan JFK... L’occasion de croiser le Caravage, Federico Fellini, Frank Sinatra, Ernest Hemingway, Fidel Castro ou Marilyn Monroe. Un tourbillon irrésistible qui célèbre l’écran noir de nos nuits blanches et raconte l’emprise des images iconiques sur notre vie intime.

Les Nuits d'Ava, de Thierry Froger, éd. Actes Sud, 20 €.

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Carnaval Noir

Carnaval Noir

Quel lien y a-t-il entre une série de crimes survenus pendant le carnaval de Venise en 1575, une étudiante retrouvée noyée dans la lagune en 2016 et un énigmatique représentant de l’église romaine affublé de six doigts ? Un professeur de latin mène l'enquête, tentant de trouver les Lumières derrière les ténèbres de l’obscurantisme religieux. Un roman qui mêle érudition et sens du suspense, interrogeant les liens entre histoire passée et terrorisme contemporain.

Carnaval Noir, de Metin Arditi, éd. Grasset, 22 €.

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Les Bracassées

Les Bracassées

Ce livre "feel good" célèbre l'amitié improbable entre Fleur, 76 ans, et Harmonie, 26 ans. La première est phobique sociale, agoraphobe et obèse. La seconde est atteinte du syndrome de Gilles de La Tourette. Les deux femmes se lancent dans la vie en colocation. Bientôt, une bande de « bras cassés », déclassés et inclassables, vont les rejoindre leur redonner le sourire… Une ode à la tolérance au ton drôle et léger qui enchaîne les situations burlesques sans rien nier de la gravité de son sujet.

Les Bracassées, de Marie-Sabine Roger, éd. du Rouergue, 20 €.

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La Chance de leur Vie

La Chance de leur Vie

Depuis ses débuts, elle navigue entre littérature jeunesse et romans pour adulte, s’imposant comme une auteur à part, capable d’élaborer d’improbables contes de fées pour les grands. Sans doute parce qu’elle sait faire affleurer le merveilleux voire le surnaturel dans la banalité quotidienne. Avec ce nouveau roman, La Chance de leur vie, Agnès Desarthe traverse l'Atlantique pour suivre une famille de Parisiens venue s'installer en Caroline du Sud : le père a obtenu un poste prestigieux dans une université. Les nouveaux arrivants flottent entre le souvenir d'une France qui sombre dans les attentats terroristes et l'incongruité d'une culture américaine qui les met à l’épreuve. Le père vit une épiphanie érotique, le fils traverse une crise mystique, la mère tente d’éviter le naufrage… Un roman d’une grande finesse centré autour de ce superbe personnage féminin, figure maternelle tout en contradiction : mélancolique, flottante, décalée, mais également robuste, terrienne, ancrée.

La Chance de leur Vie, éd. de l'Olivier, 19 €.

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Maîtres et esclaves

Maîtres et esclaves

Une fresque romanesque passionnante qui narre les grandeurs et décadences de la Chine de Mao à travers le destin d'un fils de paysans. Né en 1950, au moment des famines qui ont suivi la politique du Grand Bond en avant, Kewei devient peintre du régime pendant la Révolution culturelle. Derrière les beaux discours idéologiques se profile la violence d'un monde qui sombre dans la folie. Le Petit Livre rouge a la couleur du sang.

Maîtres et esclaves, de Paul Greveillac, éd. Gallimard, 22 €.

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Les Jours de Silence

Les Jours de Silence

Une fresque familiale au cœur du Sud américain qui ressuscite les belles heures du romanesque gothique : une maison en ruines, un autodafé traumatique, un père disparu, un fils hanté par son souvenir... L’Américain Phillip Lewis tisse sa toile pour happer le lecteur dans les méandres de ce drame familial qui s’inscrit dans la lignée d’Edgar Poe et de William Faulkner. Frissons et émotions.

Les Jours de Silence, de Phillip Lewis, éd. Belfond, 22 €.

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Le Coeur, Frida Kahlo à Paris

Le Coeur, Frida Kahlo à Paris

De Frida Kahlo, Marc Petitjean raconte, à sa façon, ce que l’on connaît déjà : l’accident d’autobus, la souffrance, l’engagement politique, la vie tumultueuse avec Diego Rivera, sa peinture tellement bouleversante... Mais aussi et surtout comment cette grande artiste a traversé la vie de son père et conquis son cœur. Un épisode de son histoire familiale qu’il ignorait jusqu’à ce qu’un auteur mexicain lui en fasse, un jour, la révélation. De cette jolie idylle, il reste un tableau offert par l’artiste à son amant, mais aussi ce livre, qui retrace son enquête pour percer les secrets d’une passion amoureuse et les mystères d’un père qui n’a pas tout dit. Passionnant.

Le Coeur, Frida Kahlo à Paris, de Marc Petitjean, éd Arléa, 17 €.

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Deux mètres dix

Deux mètres dix

Sue a grandi en Arizona, Tatyana au Kirghizistan, en Asie centrale, alors république de l'Union soviétique. À peine sorties de l'adolescence, elles tutoient déjà les sommets : surdouées du saut en hauteur, elles règnent sur leur discipline. Chacune constitue une arme de haute précision dans la guerre froide à laquelle se livre leurs pays respectifs. Cependant, une profonde complicité va naître entre elles lors des championnats du monde d'athlétisme à Helsinki, en 1983 : elles battent ensemble le record du monde et se partagent la médaille d'or. Vingt-cinq ans plus tard, meurtries par la vie, elles se retrouvent dans les montagnes kirghizes, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre.

Comment les athlètes de haut niveau survivent-ils à leurs exploits ? De quelle façon arrivent-ils à faire le lien entre la grâce de l’exploit sportif et la banalité du quotidien qu'il faut réintégrer après la compétition et les médailles ? Quelle sorte d'empreinte leur passage éclair laisse-t-il dans l'histoire ? C'est à ces questions que répond ce roman passionnant, porté par une écriture élégante, maîtrisée, poétique, à l'image d'un geste sportif atteignant son zénith.

Deux mètres dix, de Jean Hatzfeld, éd. Gallimard, 18,50 €.

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En guerre

En guerre

L'auteur d'Entre les murs livre une chronique sociale virtuose, où se croisent bobos des centres-villes et classes populaires des périphéries.

Revendiquant l'influence des Sex Pistols comme celle de Diderot, cet agrégé de lettres passionné de rock s'est fait connaître au grand public avec Entre les murs, plongée dans une classe de collège d'une Zep parisienne. Porté à l'écran par Laurent Cantet et interprété par Bégaudeau lui-même, le film obtiendra la Palme d'or à Cannes en 2008. Littérature, cinéma, rock, théâtre, journalisme, BD... : depuis Bégaudeau ne cesse de se réinventer.

Avec En guerre, il trempe sa plume acérée dans l'encre noire de la violence économique. Romain vit en centre-ville et travaille au service culturel de la Mairie. Louisa vit à la périphérie et trime dans un entrepôt d'Amazon. Leur rencontre, que rien ne laisse prévoir, va faire des étincelles... Un roman délicieusement incorrect, qui gratte la plaie de la fracture sociale et dynamite les discours bien pensants. Salutaire.

En guerre, éd. Gallimard, 20 €.

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Des raisons de se plaindre

Des raisons de se plaindre

À travers ces dix nouvelles parues initialement dans des revues tel que le New Yorker, l'auteur de Virgin Suicide, prix Pulitzer en 2003, dépeint les affres de l'homme occidental, entre conflits amoureux et misère sexuelle, compétition sociale et recherche d'idéal. Son écriture fait mouche : il croque ses contemporains d'un regard à la fois féroce et bienveillant, dans lequel le lecteur se retrouve.

Des raisons de se plaindre, de Jeffrey Eugenides, éd. de l'Olivier, 22,50 €.

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Maria Vittoria

Maria Vittoria

Quel avenir a-t-on lorsque l'on naît fille dans un village austère et un pays macho, aux pires heures du fascisme et de la guerre ? Tiraillée entre sa foi, sa soumission aux hommes et l'envie d'une existence meilleure, Maria Vittoria tâtonne pour trouver son chemin, renonce, se perd. Forte et fragile, impériale et mesquine, cette héroïne si humaine écrit avec justesse et finesse une page de l'histoire italienne. 

Maria Vittoria, de Elise Valmorbida, éd. Préludes, 16, 90 €.

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Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie

Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie

Alors qu'elle traversait une grave dépression, l'auteure sino-américaine Yiyun Li a écrit ce texte d'une rare intensité où elle affronte les démons de son enfance, retraçant son parcours complexe de migrante, faisant état de son lien passionnel avec l'écriture. Des confessions d'une extrême sensibilité, placées sous l'égide des grands maîtres de la littérature, de Kierkegaard à Katherine Mansfield, où résonne une humanité des plus pures.

Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie, de Yiyun Li, éd. Belfond, 20 €.

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No trace

No trace

Attention, récit haletant ! Cernée par les drames (l’assassinat de son mari, le suicide de sa voisine), Raja décide de mener l’enquête, aidée d’un policier qu’elle embarque dans ses pérégrinations sur fond de hacking et de messages énigmatiques. On se laisse emporter par ce roman dense, coup de cœur du Prix du roman Femme Actuelle, présidé cette année par l’écrivain Gilles Legardinier.

No trace, de Pierre-Jean Verhoye, éd. Nouveaux auteurs, 18,95 €.

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